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Rendre visite à une amie

Ce weekend j'ai appris qu'une amie avait été hospitalisée. Je ne sais pas encore si ce passage par la case HP lui a été contraint ; en tous cas j'ai choisi de prendre mon après-midi pour lui rendre visite.

Rendre visite à une amie
Résidence au Centre Hospitalier des Pays de Morlaix
– Hello 👋 Comment vas-tu ?

– Coucou Mathieu, ça ne va pas fort, je suis hospitalisée de nouveau. J'espère que tu vas bien. Bon week-end

– Oh mince ! Où es-tu hospitalisée ? Aimerais-tu que je te rende visite ?

– A Morlaix. Je ne veux pas te déranger

- Dis moi dans quel service tu es et je passerai demain, sauf si tu ne veux pas que je vienne bien sûr

– Ok super ! Merci beaucoup Mathieu. Bises

J'ai choisi d'annuler mes engagements de ce jour et prioriser mes pairs en allant rendre visite à une amie, de nouveau hospitalisé au Centre Hospitalier des Pays de Morlaix. Nous ne somme qu'1% de schizophrènes à ce qu'il se dit, alors on se doit de s'entraider en cas de coup dur.

C'est ce que j'ai souhaité faire en cette belle journée : rendre visite à une amie pour lui témoigner mon soutien, pour lui montrer qu'elle n'est pas toute seule. Je ne sais pas si elle est entourée par sa famille ou d'autres ami.e.s. En tout cas, j'espère que ma venue lui fera du bien.

Quand je me rappelle mes dernières hospitalisations, viennent à moi les souvenirs de visites, prévues ou pas. Viennent à moi la présence de mes proches, famille, amis ou les deux, venus du bled à côté ou de l'autre bout du pays. Viennent à moi les paquets de clopes et de tabac de mes potes ou les lichouzeries de mes tantes. Je me rappelle même fêter un anniversaire à l'Hôpital de Grenoble avec Thibaut, mon ami d'enfance et mes parents.

Sans mes proches, je n'aurais jamais atteint les sommets de bonheur que j'ai expérimenté depuis l'annonce de mon diagnostic. Les gouffres de tristesses non plus remarquez. L'enfer, c'est les autres disait Jean-Paul Sartre. Et le désir mimétique de René Girard, ce n'est pas seulement un concept théorique issu de la littérature.

Tout ça pour dire que les amis et la famille, c'est la vie. Merci à vous, celles et ceux pour qui j'ai conservé l'envie d'être en vie. Je n'aurais aucune histoire à raconter sans vous !

Alors me voilà, Schizophrène sur ce long chemin qu'est celui du rétablissement, pair-aidant en santé mentale, partageant mon expérience du trouble psychique à qui veut bien m'entendre. Ma vie telle qu'elle est, je l'aime. Je l'aime et c'est beau.

Alors oui me voilà, tas de cendres de chair et d'os en devenir, ayant parfois emprunté des routes sinueuses, contre-intuitives. J'ai parfois pris des décisions qui m'on fait courir des risques inconsidérés mais tant pis, j'ai fait ce que j'avais à faire et aujourd'hui pour rien au monde je ne reviendrais en arrière.

Mes 30 premières années ont été enrichissantes, amusantes, ennuyantes, parfaites. Pour les 30 années à suivre, j'aimerais chasser l'ennui parce qu'il y a tant de choses à faire, à découvrir ; que ce soit sur son propre fonctionnement, celui des autres et du Monde ! L'ennui provoqué, oui j'en veux bien. Mais l'ennui subit, va de retro ! La différence entre les deux est que le premier est moteur, amène à l'action. Le second amène à un marasme fatal dont il est bien souvent douloureux de sortir.

Bref, je souhaite à tous les neurozinzins de France et de Navarre hospitalisé ces temps ci de ne jamais perdre espoir, que la maladie s'apaise et se taise. Puisse votre entourage vous apporter douceur et réconfort, ou que vous fassiez rencontre avec ces gens qui vous feront vous sentir mieux.

Force et courage.